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Quand l’agriculture de conservation des sols se conjugue en mode Bio

En mission du 24 avril au 8 mai 2022 dans l’ouest, le centre et l’est du Cambodge dans le cadre de la relance d’un partenariat entre Toulouse INP-ENSAT, NUBB (National University of Battambang) et le CIRAD, Jean-Pierre Sarthou et son épouse Véronique ont eu la chance de visiter la station de recherche en agriculture de conservation de Bos Khnor.

 

Une équipe composée de plusieurs chercheurs de la RUA (Royal University of Agriculture) et du CIRAD y mènent des travaux sur l’optimisation de la conduite des systèmes de grandes cultures en agriculture de conservation des sols (ACS), et l’une des modalités testées est tout simplement… en agriculture biologique ! Ces deux formes d’agriculture offrent chacune des avantages majeurs :

  • pour l’ACS, conservation et régénération des sols par la restauration de leur statut biologique et organique, synonyme de séquestration du carbone atmosphérique, consécutif meilleur fonctionnement hydrique des sols et meilleure santé naturelle des cultures (d’où moins d’insecticides et de fongicides qu’en systèmes avec travail du sol),
  • et pour l’AB, bien entendu meilleure préservation de l’environnement et de la santé humaine par la non utilisation (sauf cas particuliers) de biocides de synthèse. Inversement, cette dernière, en systèmes de grandes cultures, a tendance à trop travailler les sols pour lutter contre les adventices, ce qui leur ôte une grande partie des services écosystémiques qu’ils peuvent délivrer. L’ACS, dans le même but, est dépendante des herbicides, dont le trop fameux glyphosate (mais il est l’arbre qui cache la forêt, il n’y a qu’à regarder l’ampleur de l’usage et les effets des fongicides de la famille des SDHI…).

 

Ainsi donc, alors que les meilleurs agriculteurs en ACS en France nous démontrent qu’une moindre utilisation des herbicides eux-mêmes par rapport au conventionnel est toutefois parfois possible, cela grâce notamment à une très bonne maîtrise technique des couverts végétaux et à la non perturbation du sol, voilà que sous les tropiques des agronomes cambodgiens et français sont bien partis pour décrocher le graal : l’ACS (stricte : sol jamais ne serait-ce qu’égratigné) en Bio depuis 2008 ! Et les qualités du couvert végétal semblent y être pour beaucoup : de 2008 à 2018, c’est la "luzerne tropicale" Stylosanthes guianensis, plante pérenne, qui a assuré une parfaite couverture du sol et permis la rotation biennale maïs/soja (en pluvial).

 

Depuis 2018, Neustanthus phaseoloides (anciennement Pueraria phaseoloides), légumineuse pérenne originaire justement du Sud-Est asiatique, a pris le relais et seul le maïs a été cultivé, en monoculture donc. Toutes deux légumineuses et toutes deux d’une vigueur surprenante, non seulement elles apportent l’azote nécessaire à la croissance du maïs en complément de celui provenant de la minéralisation de l’humus abondant présent dans les premiers centimètres du sol, mais elles assurent aussi le contrôle des adventices. Elles ont ainsi permis de maintenir la parcelle propre depuis 15 ans, que ce soit pendant leur développement végétatif ou pendant celui du maïs puisque leur précédente forte biomasse, découpée en tronçons lors du semis de la culture (semoir à disques brésilien de marque Semeato, spécial semis direct) a alors donné lieu à un épais mulch dans l’inter-rang de la culture semée, continuant de protéger et nourrir le sol et faisant écran à la lumière aux quelques graines d’adventices à la surface du sol (où elles sont aussi victimes de nombreux organismes vivants). A la récolte du maïs, capables de repousser spontanément une fois exposées de nouveau à la lumière (puisque pérennes), elles couvrent de nouveau rapidement et densément le sol grâce à leurs tiges volubiles et abondamment feuillées, prenant de cours les adventices.

 

L’équipe a aujourd’hui validé la rotation stylosanthes/maïs/stylosanthes/soja puis neustanthus/maïs, et vise maintenant l’introduction dans la rotation, sur le couvert de neustanthus, du soja. Pour cela, pas question de semer celui-ci directement dans le neustanthus, il se ferait ‘battre à plate couture’ par ce dernier et disparaitrait rapidement. L’enjeu est alors de réussir à dominer ce couvert hors norme par un couvert associé, conjuguant les forces de plusieurs espèces également agressives mais annuelles quant à elles : sorgho perlé, Crotalaria juncea, Vigna unguiculata (soit une graminée et deux légumineuses). Il est attendu qu’elles laissent le soja, évidemment semé en direct, se développer jusqu’à sa récolte, pour voir alors le neustanthus reprendre possession des lieux, une fois la lumière pleinement disponible pour lui.

 


Un couvert dense de Neustanthus phaseoloides (légumineuse tropicale pérenne), maintenant cette parcelle en ACS stricte et en Bio depuis 2008 quasi-indemne d’adventices, accueille le groupe de chercheurs cambodgiens et les deux visiteurs toulousains. Il sera prochainement mécaniquement endommagé (non tué) par le semis d’un maïs (rapidement trop haut pour être assailli par ce haricot après sa reprise) ou d’un nouveau couvert multi-espèces qui, lui, acceptera de laisser se développer sagement une culture de soja, bien évidemment semé en direct lui aussi.

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